Ce vendredi 16 février…
Je l’attendais depuis le 28 mars 2003 ce jour-là.
Enfin un deuxième concert à Paris. La veille,
Jérôme, Coralie et moi, on s’est retrouvés à la Tour
Eiffel, vers 19H, pour voir scintiller pendant
quelques secondes le plus grand symbole de Paris,
histoire de rêver un peu… un peu plus .Jérôme et
Coralie viennent du sud-ouest, et ne connaissant pas
Paris, ils apprécient ce moment avec encore plus
d’intensité. Je retourne chez moi assez tôt, et eux
font route vers leur hôtel, non loin de Bercy. Ils
se postent devant Bercy le lendemain matin à 5H30
environ, et moi, pas aussi téméraire, je les rejoins
vers 10H devant la porte 27 pour la queue. Il y a
déjà environ 30 personnes.
Soudain, deux ou trois fans sortent un grand drap où
ils écrivent tour à tour à un mot gentil pour la
déesse de notre soirée parisienne. Je suis timide et
n’ose pas leur demander si je pourrais moi aussi
écrire à ma dulcinée. Cependant moi aussi, j’ai
apporté un cadeau que je compte lui remettre pendant
le concert : un portrait réalisé et dédicacé de ma
main pour souhaiter un joyeux anniversaire en retard
à notre native du 2 février 1977. Je l’ai emballé
dans du papier cadeau avec un soin tout particulier
et j’en suis assez fier.
Pendant l’attente, je lis, regarde autour de moi,
pour bien m’imprégner de cette journée mémorable, la
cinquième dans ma vie de fan de Shakira après 2003,
la fête de la musique, le Live 8 et Pamplona le 25
juin dernier. Et puis, m’arrachant un peu à mon état
de sommeil-éveillé, une jeune fille, Carole, me
demande où elle peut cacher son appareil photo. Elle
est accompagnée de Maud et toutes deux viennent de
Bordeaux. Et là on commence à discuter, de tout, de
rien. On fait même des mots croisés, très pratique
pour passer le temps. Elles sont sympa, je leur
raconte un peu ma vie, comment je suis devenu fan…
Vers 17H, je pense à la conférence de presse qu’elle
doit donner au Hard Rock Café et à laquelle j’ai
renoncé à me rendre voulant à tout prix avoir les
meilleures places et je sens l’excitation monter en
moi. Je commence à avoir l’habitude de ces
rendez-vous avec le bonheur et pourtant, chaque fois
que l’heure approche, je ne me contrôle plus. Je
m’imagine en transe au bord de la scène, lui tendant
mon présent et elle, en remerciement, me faisant
monter sur scène pour chanter « estoy aqui » avec
elle. Une douce chimère, c’est tellement agréable!
Les ballons prévus pour la surprise à Shaki ont été
distribués mais un groupe de péruviens ne semble pas
avoir compris le principe. Carole me signifie
aimablement qu’en tant qu’étudiant en 2ème année de
Licence d’espagnol, je suis tout indiqué pour leur
expliquer la situation. Après quelques hésitations
dues à ma timidité maladive, je me lance et avec une
des filles nous échangeons quelques mots. Je lui
annonce que je suis français et elle se dit étonnée
pensant que j’étais espagnol ! Et moi de me dire que
c’est vraiment une belle journée malgré la grisaille
…
18H30 : les portes
s’ouvrent après et là tout le monde est déchaîné. Je
passe au contrôle et un des vigiles me déchire mon
emballage cadeau. Je suis tiraillé entre l’idée de
courir et dire deux mots au responsable. J’avance
malgré ma fureur. Ça y’est, je suis devant la scène,
au quatrième rang, au centre. Plus que 2H avant la
1ère partie. J’attends patiemment, les jambes un peu
lourdes, et enfin arrive les DJ’s .
La 1ère partie ? je n’aime pas trop, à part la fin
où ils filment quelques personnes et remixent le
tout. Mais bon, dans l’ensemble, tout ce qui me
marque c’est le volume sonore, que je pense inadapté
à mes oreilles rendues fragiles il y a quelques
années(2004) lors de la fête de la musique. A
l’entracte, je décide donc, bien malgré moi, de me
reculer un peu de la scène, suscitant diverses
réactions intriguées de la part des gens à côté de
moi.
21H30 : C’est parti !!! Comme à Pamplona, Shakira
entame le concert par « Estoy Aqui » sous un
tonnerre d’applaudissements et le son du santour de
Ben Pillar résonne dans Bercy, rappelant l’influence
orientale de la tournée. Shakira arrive sur scène en
fredonnant quelques mots en arabe, et apparait
derrière un voile de lumière. Elle est belle comme
Shiva et parait prête à nous faire atteindre le
nirvana. « Estoy aqui, queriéndote, ahogándome… »
C’est comme si elle était en train de me dire ces
mots-là à moi personnellement. Je ne monterai as sur
scène ce soir comme je l’ai tant rêvé, mais mon
bonheur est déjà intense. J’entre en communion avec
elle, et cela me suffit.
C’est au tour de « Don’t bother » d’enflammer Bercy.
Un moment de sensualité énorme. Son costume
brillant, sa guitare incrustée de cristaux Swarovski,
lui donnent des allures de superstar du rock. Au
tour d’un premier moment clef de la chanson
d’arriver : le fameux solo à la guitare : rien à
dire, ou plutôt si, « mágico ».
Et pour rester dans l’ambiance rock, elle enchaîne
avec « Te Dejo Madrid ». La salle bouge bien , les
projecteurs de fond de scène se mettent en marche,
et je continue à chanter à tue-tête. « Ay te dejo
Madriiiiiiiiiiiiiiiiiiid… »
Quelques secondes plus tard, après une performance
incroyable, elle s’arrête un peu pour parler à son
public français. Elle parle de son 1er amour. Elle
avait quatre ans et lui cinq. Immensément touchant.
Je laisse tomber une toute petite larme, je ne sais
plus très bien où j’en suis et j’entends « Illegal
». Je l’attendais tellement celle-là, moi également
fan de Santana. Les premières notes de guitare à
peine me parviennent à l’oreille que je revois dans
ma tête le clip avec le boxeur et ma colombienne
préférée habillée façon années 50. Tim joue bien.
J’apprécie malgré mon exigence en la matière.
S’en suivent « Hey you », « Inevitable », « Si te vas ». J’ai déjà du mal à chanter, donc je m’arrête un peu pour économiser ma voix, mais je continue à sauter comme un fou au point que certaines personnes moins grandes que moi me demandent de calmer mes ardeurs afin de profiter du spectacle elles-aussi.
Changement de costume :
prêt pour La Tortura ? Sans aucun doute ! Albert
Menendez enflamme Bercy et las caderas se mueven !
Je commence un peu à suer mais ce n’est grave, No
arrive et je peux donc me reposer au son de cette
ballade sentimentale. Le costume avec les voiles et
la traîne rouges m’envoûte. Tout comme la
chorégraphie.
Ensuite vient Whenever, Wherever. Va-t-elle nous
refaire la même surprise qu’en 2003 ? Va-t-elle nous
l’interpréter en espagnol et en anglais ? Cette
fois-ci non… mais ça ne change rien, elle fait
toujours autant bouger…
Mais voici un des autres moments que j’attendais :
la Pared en acoustique. J’ai encore chacune des
notes de piano dans ma tête, et je me souviens
encore de tous les changements de tempo, d’octave et
surtout de la tonalité exacte du vibrato de Shakira.
C’était puissant, impressionnant, et sensible.
On est déjà vers la fin du concert, et pourtant j’ai
l’impression que nous n’en sommes qu’au début.
Underneath your clothes passe, le public fait des
vagues avec les bras, et ensuite on enchaîne avec
Pies Descalzos. Je n’ai jamais vu un artiste autant
se démener sur scène que sur cette chanson. Il faut
que le rythme est intense. Je me demande comment je
n’ai pas été essoufflé après une telle débauche
d’énergie.
Des trompettes se font entendre, c’est au tour de
Ciega Sordomuda. En 2003, c’est la partie du concert
que j’avais préférée. Là j’ai encore bien apprécié
la communion avec la salle. On aurait dit qu’une
seule voix était réunie dans 17000 personnes, comme
dans une grande chorale. Emouvant, époustouflant, je
dois dire.
Cependant, on connaît Shakira : elle a gardé le
meilleur pour la fin : Ojos Asi et Hips don’t lie.
Un final en forme d’apothéose. Elle se fait un peu
désirer entre les deux chansons mais c’est pour
faire monter l’adrénaline. Telle un ange qui déploie
ses ailes avant de s’envoler, elle fait des
mouvements avec ses bras sur Ojos Asi. Après Hips
don’t lie, en guise d’adieu, elle nous lance un « au
revoir Paris » et une pluie de confettis s’abat sur
la foule en délire. C’est fini, oui, mais
certainement pas dans nos têtes.